Ressources cliniques

L’EMDR en ligne est‑elle sans danger ?

Ce que l’on sait de la sécurité des séances à distance, et les précautions qui la rendent possible.

Site entretenu par Marie-Agnès Thulliez, partenaire officielle de Moovd · Mis à jour le 13 octobre 2026

Pratiquer l’EMDR à distance n’est ni plus dangereux ni plus sûr par principe. La sécurité dépend surtout de trois choses : le choix des patients, le cadre de la séance, et la préparation du thérapeute à ce qui peut se passer quand il n’est pas dans la même pièce. Cet article fait le point sur chacune.

En bref

  • Les études disponibles suggèrent que l’EMDR à distance est faisable et peut réduire les symptômes du trouble de stress post-traumatique ; elles sont encore peu nombreuses et de qualité inégale.
  • Les difficultés propres au distanciel tiennent au contact : moins d’indices non verbaux, une dissociation plus difficile à repérer, une intervention impossible en cas de malaise.
  • Un cadre préparé à l’avance (lieu, contact d’urgence, plan en cas de coupure) et une sélection attentive des patients réduisent ces risques.
  • Aucun logiciel ne garantit à lui seul la sécurité d’une séance : c’est le jugement clinique qui la garantit.

1. Ce que dit la recherche

Une revue systématique de 16 études, portant sur 1 231 participants, conclut que l’EMDR pratiqué à distance est faisable et potentiellement efficace. Les auteurs relèvent aussi les limites de ces travaux : la plupart n’avaient pas de groupe de comparaison, les effectifs étaient petits, les mesures reposaient sur des questionnaires remplis par les patients, et le respect du protocole était rarement vérifié (Kaptan et al., 2024).

Ces études ne signalent pas de danger particulier lié au format. Mais elles portent surtout sur des patients sélectionnés et suivis dans de bonnes conditions ; elles ne disent pas que le distanciel convient à tous. Le détail est présenté sur la page Ce que dit la recherche.

2. Ce qui change quand le thérapeute n’est pas dans la pièce

  • Les indices non verbaux se réduisent au visage et aux épaules : une respiration qui s’accélère, des mains qui se crispent ou un corps qui se fige peuvent passer inaperçus.
  • La dissociation est plus difficile à repérer : un regard qui se fixe peut ressembler à un décalage de l’image.
  • L’intervention physique est impossible : le thérapeute ne peut ni rejoindre le patient, ni s’assurer de visu qu’il quitte la séance en état de le faire.
  • La technique peut lâcher : une coupure pendant le retraitement d’un souvenir laisse le patient seul au milieu d’une activation.

Aucune de ces difficultés n’est insurmontable, mais chacune demande d’être anticipée.

3. Choisir les patients

La première précaution est l’évaluation de l’indication, comme pour toute séance d’EMDR, avec une attention particulière à la capacité du patient à se réguler seul. Les situations suivantes demandent une évaluation attentive, et conduisent souvent à préférer le cabinet :

  • un risque suicidaire ou de passage à l’acte non stabilisé ;
  • une dissociation importante ou des antécédents de perte de contact pendant les séances ;
  • des capacités de régulation émotionnelle encore fragiles ;
  • l’absence d’un lieu où le patient est seul, au calme et en sécurité ;
  • une consommation d’alcool ou de substances qui altère la vigilance.

Lorsque la relation thérapeutique a déjà été construite en présence, le passage à distance est souvent plus simple. Une première rencontre au cabinet, quand elle est possible, permet aussi d’observer le patient dans des conditions complètes.

4. Préparer le cadre avant la première séance

La liste à vérifier

  • Le consentement : expliquer ce qui change à distance, ce qui sera fait en cas de coupure ou de malaise, et le recueillir explicitement.
  • Le lieu : une pièce fermée où le patient ne sera pas interrompu, une connexion stable, un casque audio si possible.
  • L’adresse où se trouve le patient pendant la séance, et un numéro de téléphone pour le rappeler.
  • Un contact de confiance joignable en cas de besoin, avec l’accord du patient.
  • Le plan en cas de coupure : qui rappelle qui, par quel moyen, et ce que fait le patient en attendant (par exemple revenir à son lieu ressource).

5. Pendant la séance

La structure du protocole ne change pas. Ce qui change, c’est la fréquence des vérifications. Le thérapeute peut demander plus souvent au patient où il en est, l’inviter à décrire ce qu’il ressent dans son corps, et vérifier l’orientation dans le présent (« Où êtes-vous en ce moment ? Que voyez-vous autour de vous ? »).

Les séries de stimulations bilatérales peuvent être plus courtes au début, le temps de voir comment le patient réagit au format. Il est utile de convenir d’un signal simple, comme lever la main, pour que le patient puisse interrompre la série à tout moment.

6. La fin de séance

C’est le moment le plus délicat à distance : le patient ne quitte pas un cabinet, il reste seul chez lui. La séance gagne à se terminer plus tôt que prévu plutôt qu’en pleine activation, par un retour au calme, une vérification de l’état du patient (SUD, orientation, capacité à reprendre ses activités) et un rappel de ce qu’il peut faire si des émotions reviennent dans les heures qui suivent.

7. Et la plateforme ?

Une plateforme comme WeMind Therapy réunit la visioconférence et les stimulations bilatérales, ce qui évite de jongler entre deux outils et limite les problèmes techniques. Elle permet de régler la vitesse des stimulations et de noter le SUD pendant la séance. Mais elle ne repère pas une dissociation et ne remplace aucune des précautions décrites ici : la sécurité de la séance reste de la responsabilité du thérapeute.

Pour savoir dans quelles situations la plateforme est utile, voir À quoi sert WeMind Therapy en pratique ; pour les questions de confidentialité, voir Données et confidentialité.

En une phrase

L’EMDR à distance peut se pratiquer en sécurité, à condition de choisir les patients et de préparer le cadre.

Les études sont encourageantes mais encore limitées ; la prudence clinique compense ce qu’elles ne disent pas encore.

Voir WeMind Therapy sur le site officiel

Lien d’intérêts : Marie-Agnès Thulliez est partenaire officielle de Moovd, l’éditeur de WeMind Therapy. Ce lien est un lien partenaire : si vous vous abonnez après l’avoir suivi, elle peut percevoir une commission, sans surcoût pour vous. Les contenus de ce site restent informatifs et indépendants.

Sources

  1. Kaptan, S. K., Kaya, Z. M., & Akan, A. (2024). Addressing mental health need after COVID-19: A systematic review of remote EMDR therapy studies as an emerging option. Frontiers in Psychiatry, 14, 1336569. doi:10.3389/fpsyt.2023.1336569
Scroll to Top