La théorie de la mémoire de travail : un mécanisme explicatif expérimental

La mémoire de travail est un espace mental limité : lorsque ce système est sollicité simultanément par un souvenir et une tâche, le souvenir perd en intensité et devient plus facilement transformable.

Mémoire de travail — explication synthétique

La mémoire de travail correspond au système qui permet de maintenir temporairement une information en conscience et de la manipuler.

Elle est sollicitée dès que l’on :

  • suit une conversation
  • garde une image en tête
  • prend une décision
  • traite une information émotionnelle ou sensorielle

Elle fonctionne comme un espace mental limité, avec une capacité restreinte.

Ce qu’il faut comprendre (niveau clinique)

  • La mémoire de travail a une capacité limitée (Baddeley & Hitch, 1974)
  • Lorsque plusieurs informations sont activées en même temps, elles entrent en compétition
  • Cette compétition entraîne une diminution de la vivacité et de l’intensité émotionnelle des informations

Application directe au trauma

Lorsqu’un souvenir traumatique est activé :

  • il mobilise fortement la mémoire de travail
  • il devient labile (modifiable) pendant sa réactivation

Si, au même moment, on ajoute une tâche (mouvements oculaires, stimulation, tâche cognitive) :

  • la mémoire de travail est surchargée
  • le souvenir devient moins net, moins émotionnellement intense

C’est ce mécanisme qui est utilisé en EMDR 2.0.

Mécanismes cliniques de la taxation mnésique

Une hypothèse centrale soutenue par la recherche expérimentale est celle de la charge de la mémoire de travail.

Lorsque le patient maintient en mémoire une image traumatique tout en réalisant simultanément une tâche sollicitant la mémoire de travail (par exemple des mouvements oculaires), les ressources cognitives disponibles sont partagées.

Cette taxation entraîne :

  • une diminution de la vivacité de l’image,

  • une réduction de l’intensité émotionnelle associée,

  • un réencodage moins chargé du souvenir.

La stimulation bilatérale alternée fonctionnerait donc comme une tâche concurrente venant mobiliser les ressources de la mémoire de travail.


Preuves expérimentales de la charge cognitive

 

Plusieurs études expérimentales contrôlées soutiennent cette hypothèse :

  • Gunter & Bodner (2008) ont montré que les mouvements oculaires réduisent la vivacité et la charge émotionnelle des souvenirs négatifs via la taxation de la mémoire de travail.

  • van den Hout & Engelhard (2012) ont synthétisé les données expérimentales confirmant que l’effet des mouvements oculaires est lié à la charge cognitive.

  • van den Hout et al. (2010) ont montré que l’efficacité dépend du niveau optimal de taxation de la mémoire de travail.

Ce corpus expérimental renforce la plausibilité neurocognitive de l’EMDR en fournissant un mécanisme mesurable et reproductible.

 

Sources principales

  • Baddeley, A. D., & Hitch, G. (1974). Working Memory
  • Baddeley, A. (2000). The episodic buffer
  • van den Hout, M., & Engelhard, I. (2012). How does EMDR work?
  • Gunter, R. W., & Bodner, G. E. (2008). EMDR and working memory
Retour en haut