Cet article, Présenté par Marie-Agnès Thulliez, propose une analyse du PDF « La dissociation structurelle de la personnalité : un modèle novateur pour comprendre les troubles liés au trauma »
La présentation propose un aperçu détaillé de ce modèle novateur, important pour les professionnels de la santé mentale qui travaillent avec des patients traumatisés. Source : Nijenhuis, E., van der Hart, O., Steele, K., De Soir, E., & Matthess, H. (2006). Dissociation structurelle de la personnalité et trauma. Stress et Trauma, 6(3), 125-139.
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La dissociation est un phénomène complexe qui se manifeste fréquemment chez les personnes ayant vécu des traumatismes. Dans leur article « Dissociation structurelle de la personnalité et trauma », Ellert Nijenhuis et ses collègues proposent un modèle innovant pour comprendre et conceptualiser les troubles dissociatifs et post-traumatiques. Ce modèle, appelé « dissociation structurelle de la personnalité », offre un cadre théorique intégratif pour expliquer les symptômes observés dans un large éventail de troubles liés au trauma, de l’état de stress post-traumatique (ESPT) au trouble dissociatif de l’identité (TDI).
L’une des caractéristiques centrales des troubles liés au trauma est l’alternance entre des phases de reviviscence du traumatisme et des phases de détachement ou d’évitement. Les auteurs soulignent que ce schéma a été observé depuis plus d’un siècle et constitue un élément clé de l’ESPT, du trouble de stress extrême et de nombreux troubles dissociatifs. Cette alternance peut être conceptualisée comme impliquant différents « systèmes d’action » ou « systèmes émotionnels ». La reviviscence du trauma est associée à l’activation du système de défense face à une menace vitale, tandis que le détachement implique des systèmes liés à la gestion de la vie quotidienne et à la survie de l’espèce.
Le modèle proposé postule qu’une grave menace peut provoquer une dissociation structurelle de la personnalité préexistante. Dans sa forme primaire, cette dissociation s’opère entre :
Cette dissociation structurelle primaire caractérise l’ESPT simple.
La PEP est décrite comme un système mental contenant essentiellement des souvenirs traumatiques non intégrés. Ces souvenirs sont vécus de manière sensorielle et émotionnelle intense, comme si l’événement se reproduisait dans le présent. La PEP est fixée dans l’expérience traumatique et peine à s’adapter à la réalité actuelle. La PANP, quant à elle, se caractérise par un évitement du trauma et une apparence de normalité. Elle présente souvent une amnésie partielle ou totale du traumatisme et un manque de personnification des souvenirs traumatiques. Son niveau de fonctionnement peut varier considérablement selon les cas.
Les auteurs expliquent que le trauma interfère avec les processus mentaux intégratifs normaux, notamment :
L’échec de ces processus se manifeste par la dissociation péritraumatique lors de l’événement traumatique, puis par le maintien de la dissociation structurelle à long terme.
Le modèle s’appuie sur des données neurobiologiques montrant que le trauma peut affecter le fonctionnement cérébral.
Par exemple :
Ces modifications neurobiologiques pourraient expliquer en partie les difficultés d’intégration des expériences traumatiques.
Le modèle propose également des formes plus complexes de dissociation structurelle :
Ces formes plus complexes seraient liées à des traumatismes plus sévères, chroniques ou précoces, en particulier dans les cas de maltraitance infantile.
Ce modèle a des implications importantes pour le traitement des troubles liés au trauma. Les auteurs préconisent une approche par phases :
L’objectif final est de permettre une intégration progressive des différentes parties dissociées de la personnalité.
Le modèle de la dissociation structurelle de la personnalité offre un cadre théorique cohérent pour comprendre et traiter un large éventail de troubles liés au trauma. En conceptualisant ces troubles comme résultant d’une dissociation entre différents systèmes d’action évolutifs, il permet d’expliquer de nombreux symptômes observés cliniquement. Ce modèle souligne l’importance d’une approche intégrative du traitement, visant à dépasser progressivement la dissociation structurelle pour permettre une meilleure adaptation à la vie quotidienne.
Il ouvre également de nouvelles perspectives de recherche sur les mécanismes neurobiologiques sous-jacents à la dissociation traumatique. Bien que des études supplémentaires soient nécessaires pour valider pleinement ce modèle, il constitue une avancée significative dans notre compréhension des troubles liés au trauma. En offrant un cadre unifié pour conceptualiser ces troubles, de l’ESPT simple au TDI, il permet de dépasser les clivages théoriques et d’envisager des approches thérapeutiques plus adaptées à la complexité des expériences traumatiques.
Marie-Agnès Thulliez