Le conteneur émotionnel en EMDR : un outil de stabilisation et de régulation entre les séances

EMDR · Phase de préparation · Stabilisation

L’exercice du conteneur émotionnel

Un outil de mise à distance temporaire pour aider le patient à contenir des perturbations émotionnelles entre les séances, sans les éviter ni les supprimer.

Résumé clinique

L’exercice du conteneur émotionnel est une technique de stabilisation utilisée dans la phase de préparation en EMDR. Il aide le patient à créer mentalement un lieu, un objet ou un contenant dans lequel il peut déposer temporairement des éléments perturbants qui ne peuvent pas encore être traités complètement en séance.

L’objectif n’est pas d’effacer, de nier ou de refouler les émotions. Il s’agit plutôt de soutenir la capacité du patient à mettre à distance certaines préoccupations, images, sensations ou affects jusqu’au moment où ils pourront être abordés dans un cadre thérapeutique suffisamment sécurisé.

Le conteneur est une ressource de régulation. Il permet au patient de reprendre un peu de contrôle sur ce qui déborde, tout en maintenant l’idée que ce qui est déposé pourra être retrouvé et travaillé plus tard, si cela devient cliniquement pertinent.

Indications en pratique EMDR

Cet exercice peut être proposé lorsque le patient présente des préoccupations envahissantes, des images intrusives, une activation émotionnelle persistante ou une difficulté à quitter la séance avec un niveau de stabilité suffisant.

  • Avant un retraitement, pour renforcer les capacités de stabilisation.
  • En fin de séance, lorsque certains éléments restent activés.
  • Entre deux séances, pour aider le patient à gérer une détresse ponctuelle.
  • Dans les situations complexes, lorsque tout ne peut pas être travaillé immédiatement.
  • Lorsqu’un patient a besoin d’un rituel mental clair pour différer le traitement d’un contenu perturbant.

Chez les patients présentant une dissociation importante, l’exercice doit être introduit avec prudence, en vérifiant que la mise à distance ne renforce pas l’évitement, la coupure émotionnelle ou la perte de contact avec le présent.

Script thérapeutique proposé

Présenter l’exercice au patient

Le thérapeute explique l’objectif de l’exercice avec des mots simples, en insistant sur le caractère temporaire et réversible de cette mise à distance.

« Je vais vous proposer un exercice que vous pourrez utiliser pour mettre temporairement de côté certaines préoccupations ou perturbations qui ne peuvent pas être traitées maintenant. Il ne s’agit pas de les faire disparaître, mais de les déposer dans un endroit mental sûr jusqu’à ce que nous puissions y revenir dans de bonnes conditions. »

Créer le conteneur

Invitez le patient à imaginer un objet, un lieu ou un contenant capable de recevoir des éléments difficiles. Le contenant doit être suffisamment solide, stable et contrôlable.

« Prenez un moment pour imaginer un contenant. Cela peut être une boîte, un coffre, une pièce, un tiroir, un coffre-fort, un sac, ou tout autre objet qui vous semble adapté. Il doit être assez facile d’y déposer des choses, mais suffisamment sécurisé pour que ce qui y est placé reste à l’intérieur jusqu’au moment où vous déciderez d’y revenir. »

Renforcer l’image sensorielle

Lorsque le patient a choisi son conteneur, aidez-le à préciser l’image en mobilisant plusieurs canaux sensoriels.

« Observez sa forme, sa taille, sa couleur, sa matière. Remarquez s’il est lourd ou léger, lisse ou rugueux, chaud ou froid. Vérifiez aussi comment il s’ouvre et comment il se referme. Prenez le temps de rendre cette image aussi claire et stable que possible. »

Déposer les perturbations

Demandez au patient d’identifier ce qu’il souhaite déposer temporairement : une pensée, une émotion, une image, une sensation corporelle ou une inquiétude.

« Maintenant, voyez si vous pouvez déposer dans ce contenant ce qui est trop présent pour le moment : une inquiétude, une image, une émotion, une sensation, ou tout autre élément qui n’a pas besoin d’être traité tout de suite. Vous pouvez les déposer un par un, à votre rythme. »

Fermer et sécuriser le conteneur

Le patient imagine ensuite qu’il referme le contenant. L’idée n’est pas d’interdire l’accès au contenu, mais de le rendre disponible plus tard, dans un cadre choisi.

« Lorsque tout ce qui doit être déposé l’a été, vous pouvez refermer le contenant. Vérifiez qu’il est bien fermé. Vous pouvez ajouter un verrou, une clé, un code, une protection ou toute autre forme de sécurité. Et vous pouvez garder à l’esprit que ce contenu pourra être rouvert plus tard, lorsque ce sera le bon moment. »

Observer l’effet sur l’état interne

Invitez le patient à vérifier ce qui change dans son corps, son niveau d’activation ou sa sensation de contrôle.

« Maintenant, prenez un moment pour observer ce qui se passe à l’intérieur de vous. Est-ce que quelque chose change dans votre respiration, votre corps, votre tension ou votre niveau de présence ? Il n’y a rien à forcer. Nous observons simplement l’effet de cette mise à distance. »

Installer l’autonomie

Demandez au patient de refaire mentalement une partie du processus seul, afin de renforcer sa capacité à utiliser l’exercice entre les séances.

« Je vais maintenant vous proposer de refaire brièvement l’exercice par vous-même, sans mon guidage détaillé. L’idée est que vous puissiez l’utiliser en dehors des séances, lorsque quelque chose devient trop présent et que vous avez besoin de le mettre temporairement de côté. »

Utilisation avec stimulation bilatérale

Certains thérapeutes peuvent associer l’exercice à de courtes séries de stimulations bilatérales lentes, par exemple lorsque le patient renforce l’image du contenant, le sentiment de contrôle ou l’état de sécurité.

Cette utilisation doit rester ajustée à l’état du patient. Il ne s’agit pas d’ouvrir un retraitement, mais de soutenir l’installation d’une ressource de stabilisation.

Si l’activation augmente fortement, si le patient se coupe de ses sensations ou si des éléments traumatiques émergent de façon trop intense, il est préférable de ralentir, de revenir au présent et de renforcer l’orientation.

Point de vigilance clinique

Le conteneur émotionnel doit rester un outil de régulation, et non une stratégie d’évitement systématique. Son usage est particulièrement utile lorsque le patient a besoin de différer un contenu perturbant, mais il doit s’inscrire dans un plan de traitement cohérent.

Lorsque certains éléments devront être traités ultérieurement, le thérapeute pourra guider le patient pour rouvrir symboliquement le conteneur, ne reprendre que ce qui est prêt à être travaillé, puis refermer le contenant après la séance.

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