Depuis sa découverte en 1987 et son développement formalisé en 1989 par Francine Shapiro, l’EMDR s’est imposée comme une approche validée du traitement du trouble de stress post-traumatique (TSPT). Si les premières hypothèses explicatives incluaient des modèles inspirés du sommeil paradoxal ou de la communication interhémisphérique, l’évolution des connaissances en neurosciences cognitives a profondément transformé la compréhension de ses mécanismes d’action.
L’EMDR 2.0, développée notamment par Ad de Jongh et Suzy Matthijssen, s’inscrit dans ce mouvement de clarification théorique. Elle repose explicitement sur le modèle de la mémoire de travail et sur les mécanismes de reconsolidation mnésique, avec pour objectif une optimisation de l’efficacité clinique.
Les travaux expérimentaux de Raymond Gunter (2007) ont contribué à remettre en question l’hypothèse d’une simple stimulation interhémisphérique. Les résultats indiquent que les mouvements oculaires horizontaux et verticaux produisent des effets comparables, ce qui affaiblit l’explication par la communication entre hémisphères.
L’explication actuellement la plus robuste s’appuie sur le modèle de la mémoire de travail de Baddeley et Hitch (1974). La mémoire de travail, système à capacité limitée, comprend notamment :
un administrateur central,
une boucle phonologique,
un calepin visuo-spatial,
un tampon épisodique.
Lorsqu’un souvenir traumatique est activé en mémoire de travail, il entre dans une phase de labialité transitoire. L’ajout simultané d’une tâche cognitive exigeante entraîne une taxation des ressources disponibles. Cette compétition pour les ressources réduit la vivacité et l’intensité émotionnelle du souvenir, facilitant sa reconsolidation sous une forme moins perturbatrice.
L’EMDR 2.0 systématise cette logique en augmentant le niveau de charge cognitive (mouvements oculaires rapides, double tâche complexe, variation de modalités sensorielles) et en adaptant la taxation à la modalité dominante du souvenir (visuelle, auditive, kinesthésique).
Contrairement aux approches centrées sur la relaxation, l’EMDR 2.0 n’a pas pour objectif premier la diminution immédiate de l’activation physiologique. Les données psychophysiologiques (notamment les variations de la HF-HRV observées par Gunter) suggèrent que les mouvements oculaires constituent une tâche cognitive exigeante, associée à une diminution transitoire de l’activité parasympathique.
Cliniquement, cela implique un travail dans la fenêtre de tolérance : la taxation cognitive contribue à prévenir à la fois l’hyper-activation (débordement émotionnel) et l’hypo-activation (dissociation), en maintenant le système dans une zone de traitement actif. La réduction du score SUD s’accompagne donc d’un processus dynamique où l’activation est mobilisée au service de la transformation mnésique.
Dans les protocoles traditionnels, la phase de stabilisation pouvait s’étendre sur plusieurs mois, notamment dans les cas complexes. Les travaux cliniques issus des équipes néerlandaises remettent en question la nécessité systématique d’une stabilisation prolongée.
L’EMDR 2.0 propose une conceptualisation de cas rigoureuse et une intervention précoce sur les intrusions les plus perturbatrices. Les données issues des modèles intensifs indiquent que le traitement direct des souvenirs centraux ne majore pas les risques lorsque l’évaluation clinique est adéquate et que la structure thérapeutique est solide.
Il ne s’agit pas d’abolir la stabilisation, mais d’en redéfinir la fonction : elle devient un outil ciblé, mobilisé lorsque nécessaire, et non une étape obligatoire prolongée.
Le centre SIT – Stichting Intensieve Traumabehandeling aux Pays-Bas a développé un modèle intensif combinant :
EMDR 2.0,
Exposition prolongée,
psychoéducation,
activité physique structurée.
Le format comprend plusieurs séances quotidiennes sur une période de deux semaines. Les données publiées sur des cohortes importantes (plus de 13 000 patients traités) indiquent qu’environ 80 % des patients ne remplissent plus les critères diagnostiques du TSPT à l’issue du programme.
Ces résultats invitent à reconsidérer les modèles de soins hebdomadaires traditionnels et interrogent la relation entre intensité, durée et efficacité thérapeutique.
L’extension de la pratique en ligne, notamment pendant la pandémie de COVID-19, a permis d’observer que certains patients dissociatifs bénéficient d’un cadre numérique structuré.
L’utilisation d’outils visuels interactifs sur écran impose une focalisation attentionnelle soutenue, ce qui peut réduire la propension à l’évitement dissociatif. Dans cette perspective, le support numérique agit comme un dispositif d’ancrage attentionnel, optimisant la taxation de la mémoire de travail.
Au-delà du TSPT, l’EMDR 2.0 est actuellement étudiée dans :
les troubles de la personnalité, notamment borderline,
la dépression majeure,
les troubles anxieux.
Dans le trouble de la personnalité borderline, les données suggèrent qu’un traitement systématique des expériences adverses précoces (ACEs) par EMDR est associé à une réduction significative des critères diagnostiques à un an.
La technique du « flash-forward », développée par Ad de Jongh, permet d’appliquer la logique de taxation non seulement aux souvenirs passés, mais également aux représentations catastrophiques anticipées, souvent centrales dans les troubles anxieux.
L’EMDR 2.0 ne constitue pas une rupture avec l’EMDR originelle, mais une formalisation théorique et une optimisation technique fondées sur les neurosciences de la mémoire.
La compréhension du rôle central de la mémoire de travail et de la reconsolidation permet :
d’augmenter l’intensité du traitement,
de réduire la durée globale d’intervention,
d’élargir les indications cliniques.
Ces évolutions posent une question organisationnelle et éthique pour la profession : à l’aune des données actuelles, comment articuler modèles intensifs et pratiques traditionnelles ? Comment garantir l’accès à des interventions efficaces tout en maintenant la rigueur clinique et la sécurité des patients ?
L’EMDR 2.0 s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large de précision thérapeutique, où la compréhension fine des mécanismes cognitifs et neurobiologiques guide directement la stratégie d’intervention.
L’EMDR 2.0 repose sur une compréhension actualisée des mécanismes de la mémoire de travail. En mobilisant de manière ciblée les ressources cognitives au moment de l’activation du souvenir traumatique, il devient possible de diminuer sa vivacité et son intensité émotionnelle, facilitant ainsi son retraitement.
Les outils numériques constituent aujourd’hui un appui intéressant dans cette dynamique. En structurant l’attention et en modulant la charge cognitive, ils permettent d’affiner et de soutenir le travail thérapeutique, en présentiel comme à distance.
La plateforme WeMind Therapy s’inscrit dans cette approche. Elle a été pensée en cohérence avec les principes de l’EMDR 2.0, modèle utilisé dans des cliniques intensives aux Pays-Bas et développé notamment par Ad de Jongh.
Si vous souhaitez explorer concrètement ces outils dans votre pratique. Vous pouvez créer un compte professionnel, essayer la plateforme gratuitement pendant 14 jours et explorer ses fonctionnalités avant de vous engager.
Baddeley, A. D., & Hitch, G. J. (1974). Working memory. In G. H. Bower (Ed.), The psychology of learning and motivation (Vol. 8, pp. 47–89). Academic Press.
Gunter, R. W., & Bodner, G. E. (2008). How eye movements affect unpleasant memories: Support for a working-memory account. Behaviour Research and Therapy, 46(8), 913–931. https://doi.org/10.1016/j.brat.2008.04.006
Matthijssen, S. J. M. A., Verhoeven, L. C., van den Hout, M. A., & Jongh, A. de (2021). Working memory taxation and EMDR therapy: A review. Journal of Experimental Psychopathology, 12(1).
Shapiro, F. (2018). Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) Therapy: Basic Principles, Protocols, and Procedures (3rd ed.). Guilford Press.
Steenen, S. A., et al. (2024). Intensive trauma-focused treatment for PTSD: Outcomes in large clinical samples. Psychological Medicine.
de Jongh, A., Amann, B. L., Hofmann, A., Farrell, D., & Lee, C. W. (2019).
The status of EMDR therapy in the treatment of posttraumatic stress disorder 30 years after its introduction. Journal of EMDR Practice and Research, 13(4), 261–269.
https://doi.org/10.1891/1933-3196.13