Avez-vous déjà entendu parler de cette tension presque viscérale que peuvent ressentir certaines personnes lorsqu’elles jouent à des jeux vidéo immersifs, comme The Last of Us Part II ? Accroupi dans l’ombre, à l’affût du moindre bruit, le corps passe en alerte maximale. Cette sensation n’est pas le fruit du hasard. Les concepteurs de jeux vidéo maîtrisent parfaitement l’art de capter et de saturer notre attention — par l’éclairage, le son et le rythme — afin de déclencher des états émotionnels précis, notamment la peur.
Ce qui est moins connu, en revanche, c’est que ces mêmes mécanismes cognitifs sont aujourd’hui utilisés dans un tout autre objectif : le soin. Certaines approches thérapeutiques, comme l’EMDR assistée par intelligence artificielle, s’appuient sur la saturation de la mémoire de travail non pas pour maintenir l’angoisse, mais pour en diminuer l’impact émotionnel et favoriser le retraitement des souvenirs traumatiques.
D’un côté, le jeu vidéo exploite la surcharge sensorielle pour créer l’immersion et l’alerte. De l’autre, des plateformes thérapeutiques comme WeMind utilisent cette surcharge de manière ciblée et contrôlée, afin de moduler l’intensité émotionnelle et permettre au cerveau de « désactiver » des souvenirs douloureux. Le principe est le même ; l’intention et le cadre, radicalement différents.
Nous passons aujourd’hui une part croissante de notre vie dans des environnements numériques. Qu’ils soient ludiques, professionnels ou thérapeutiques, ces espaces ne sont plus de simples interfaces : ils deviennent des extensions de notre réalité psychique. Pourtant, nous questionnons encore peu la manière dont ils sont conçus pour influencer nos émotions, notre attention et nos réactions.
En croisant des sources issues du game design — notamment des analyses universitaires autour de The Last of Us Part II — et la documentation de dispositifs thérapeutiques numériques, il devient possible de mettre en lumière ces architectures invisibles. Cet article propose d’explorer cinq révélations étonnantes sur la façon dont le cerveau traite la peur, et sur la manière dont la technologie moderne apprend désormais à la moduler — parfois pour nous plonger dans l’angoisse, parfois pour nous en libérer.
On imagine souvent la thérapie numérique comme une alternative aux séances traditionnelles, une solution pour les consultations à distance. Pourtant, une tendance surprenante émerge : la technologie s’intègre au cœur même des sessions en personne.
Le paradoxe de l’iPad dans le cabinet du thérapeute.
Selon une démonstration de la plateforme de thérapie EMDR WeMind, un fait contre-intuitif se dégage : « plus de 50 % de nos utilisateurs utilisent WeMind en personne ». La scène est la suivante : un thérapeute et un client sont assis dans la même pièce. À un moment de la session, le thérapeute tend un iPad ou un ordinateur au client pour utiliser la plateforme.
Pourquoi ce mode d’utilisation hybride ? Parce qu’il permet de combiner le meilleur des deux mondes. Le thérapeute conserve la connexion directe, le langage corporel et la présence humaine d’une session traditionnelle, tout en bénéficiant de la précision et des algorithmes de la technologie. Dans le cas de l’EMDR, par exemple, la plateforme peut gérer une stimulation bilatérale visuelle avec une régularité et une personnalisation qu’il serait difficile d’atteindre manuellement.
Cela redéfinit le rôle de la technologie en santé mentale. Elle n’est plus seulement un substitut au contact humain, mais devient un instrument de précision, un outil spécialisé utilisé au sein même de la relation thérapeutique pour en augmenter l’efficacité.
La crainte que l’IA remplace les professions basées sur la relation humaine, comme celle de thérapeute, est très répandue. Cependant, certaines applications prennent le contre-pied de cette idée, en positionnant l’IA non pas comme un substitut, mais comme un amplificateur des capacités humaines.
L’IA au service de la connexion, pas du remplacement.
La plateforme WeMind intègre un transcripteur IA (AI transcriber) qui enregistre et peut résumer les sessions de thérapie. L’objectif n’est pas d’analyser le client à la place du thérapeute, mais de libérer ce dernier d’une tâche administrative chronophage : la prise de notes. Le but principal est clairement énoncé :
pour que vous puissiez vous concentrer sur ce qui compte le plus : votre client.
Cette approche est révélatrice. En automatisant la prise de notes, l’IA permet au thérapeute d’être plus présent, plus attentif aux signaux non verbaux et plus connecté émotionnellement à son client pendant la session. L’outil ne remplace pas le jugement ou l’empathie ; il élimine une distraction pour que ces qualités humaines puissent s’exprimer pleinement.
Il ne s’agit donc pas d’une externalisation de la compétence humaine, mais d’une augmentation de sa disponibilité. Ce modèle présente un futur optimiste pour l’intelligence artificielle dans les métiers de l’humain : celui d’un copilote qui augmente les capacités relationnelles, plutôt qu’un pilote automatique qui s’y substitue.
Du champ de bataille d’un jeu post-apocalyptique au cabinet d’un thérapeute, une vérité commune s’impose : nos expériences numériques sont devenues des environnements psychologiques d’une sophistication inouïe, conçus avec une intention précise. Des signaux visuels qui déclenchent la peur à une IA qui favorise l’empathie, nous naviguons dans des architectures invisibles qui guident nos émotions et nos comportements.
Alors que ces architectures numériques deviennent expertes pour guider nos émotions, la question n’est plus de savoir si nous les utilisons, mais comment nous apprenons à lire leurs plans pour rester les véritables maîtres de notre monde intérieur. Sommes-nous prêts à devenir des explorateurs conscients de nos propres esprits numériques ?
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